Le 9 septembre 2026, le gouvernement de Pékin a publié son plan 15ᵉ période quinquennale de développement de l’économie numérique, et ce n’est pas une coïncidence que le RISC-V y figure en bonne place. C’est la première fois qu’une métropole chinoise met en ligne un plan industriel de ce niveau qui nomme explicitement le RISC-V comme axe stratégique de l’« innovation indépendante du calcul IA ». Ce plan, accompagné de la conférence IICIE 2026 de Shenzhen (9 septembre), dessine une trajectoire industrielle que le reste du monde suit de loin.
Le plan pékin : le RISC-V dans le dispositif de souveraineté
Le texte est clair sur trois points :
- « R&D indépendante de l’infrastructure de calcul IA » : l’objectif est de construire, de bout en bout, une chaîne d’approvisionnement en calculateurs IA sous contrôle national. Le RISC-V y est vu comme le socle — car, contrairement à x86 et ARM, il ne peut pas être arrêté par des sanctions.
- « Innovation du jeu d’instructions RISC-V pour le calcul IA » : Pékin ne se contente pas d’adopter le standard, il veut en innover — étendre le RISC-V pour le calcul matriciel, l’IA, les agents. C’est une déclaration de guerre technologique déguisée en planification.
- Écosystèmes logiciels ouverts : FlagOS et LinkeeOS : le plan finance l’organisation de l’écosystème open-source FlagOS (système de compilation et runtime IA) et le système d’exploitation agentique LinkeeOS, pensé pour les agents IA autonomes.
Le plan « Haut de gamme » : chiplet et compute-in-memory
Un plan parallèle — le Plan 15ᵉ période pour l’industrie de haute technologie — renforce la position : il met l’accent sur les plateformes d’innovation RISC-V, chiplet, et fusion opto-électronique, et sur l’architecture compute-in-memory. C’est une déclaration que la Chine ne veut pas seulement produire des RISC-V, mais qu’elle veut en contrôler les standards de packaging, d’interconnexion et de mémoire. C’est une stratégie « stack complète » — du silicium au logiciel.
IICIE 2026 : la machine logistique
La 2026 IICIE (International Integrated Circuit Innovation Expo) de Shenzhen, qui se tient au Shenzhen International Convention and Exhibition Center (Bao’an), a consacré un écosystème entier au RISC-V : matériel, IA, innovation locale. C’est la scène où les startups chinoises (SpacemiT, StarFive, XuanTie, C-SKY) et les entreprises (LECARC, Allwinner, T-Head) se croisent pour présenter leurs dernières puces et leurs alliances. L’événement est un indicateur : quand un salon de l’IC chinoise organise un écosystème RISC-V à part entière, c’est qu’il y a une masse critique.
Les chiffres qui parlent
Le contexte macro n’est pas anodin. À fin 2025, les puces RISC-V livrées dans le monde dépassent les 20 milliards — la majorité étant de l’IoT et de l’embarqué, mais la tendance est clairement vers le haut. Les entreprises chinoises représentent désormais plus de 40 % des membres de RISC-V International. Et Pékin a ajouté le RISC-V à son plan quinquennal, ce qui n’a pas d’équivalent à l’ouest. La combinaison d’une base de membres, d’un plan national, et d’un écosystème industriel est ce qui distingue la scène chinoise de la scène américaine (plus centrée sur le standard) et européenne (plus centrée sur la souveraineté).
Ce que ça veut dire
Le RISC-V n’est plus un argument de différenciation, c’est un axe de souveraineté. Le plan de Pékin est un signal fort : la Chine ne veut pas seulement acheter des RISC-V, elle veut en faire le standard de son écosystème IA. Le reste du monde devra s’adapter. La prochaine étape sera de voir si FlagOS et LinkeeOS deviennent des alternatives crédibles à l’écosystème actuel, et si le RISC-V chinois parvient à exporter au-delà des frontières.
Ressources
- Plan 15ᵉ période de Pékin : beijing.gov.cn
- Conférence IICIE 2026 : iicieexpo.com
- RISC-V International : riscv.org
